L'eau dans la Montagne Noire [1/2]
par Albin Bousquet, le 30 avril 1936_____
L’eau ayant toujours eu un rôle important dans l’histoire des hommes, nous avons rassemblé divers renseignements concernant cette richesse de la Montagne Noire. Le parcours de l’eau, l’intérêt qu’elle suscité au temps de l’industrialisation de la région, puis plus tard, pour le bien-être des populations, pour l’irrigation. Avant de traiter ces sujets, arrêtons-nous sur cette Montagne Noire que César appela « Montanga Nigra » lors de sa conquête de Gaules.
Cette appellation sous-entend une montagne haute en couleur sombre ! La réalité est tout autre. Le massif s’adresse plutôt à la moyenne montagne par son altitude, 1210 m au Pic de Nore ! Quant à sa couleur sombre, admettons qu’elle est plus proche du bleu que du noir. Aucune grande rivière ne la traverse, aucune résurgence de type Vauclusien, ni de neiges éternelles dans ses plis.
Pourtant « la montagne » n’est pas en reste sur le plan hydrologique.
Assise sur la limite de partage des versants qui régit la destinée des ruisseaux et des fleuves, et sur l’axe des vents dominants : Ouest-Est, elle reçoit l’influence des mers.
Le vent d’Ouest souffle deux jours sur trois, et pousse les pluies de traines venues de l’Océan jusqu’à la crête de la limite de partage.
Moins régulier, le vent d’Est, généralement doux et humide souffle un jour sur quatre parfois plusieurs jours d’affilée avec violence. Une forte évaporation ce produit, le sol s’assèche, la végétation souffre au moment de la feuillaison.
Ces périodes se terminent par des précipitations importantes à caractère orageux en été. Lors des précipitations, une partie de l’eau ruisselle, une autre imbibe l’humus de la forêt ; pénètre un sol [perméable] composé de particules fines issues de la roche calcaire qui affleure tout le long de la crête de la limite de partage, atteint des nappes phréatiques peu profondes et peu importantes[relief oblige].
Une partie ressort aussitôt du sol [circuit courts].
Une autre partie gagne les profondeurs [circuits longs] à travers des fissures qui lui permettent de rejoindre les nappes phréatiques plus importantes. Dans la plupart des cas, ces dernières alimentent des sources pérennes, fort éloignées de la limite de partage des versants.
Enfin toujours à travers les fissures, elle peut gagner les nappes phréatiques captives, situées en grande profondeur que l’on peut atteindre par forage.
Cette répartition est le résultat : _les pluies de traine tombent sur la crête de la limite de partage des versants, _la superposition de couches géologiques, de surcroît, très facturées, _l’étagement d’une nappe phréatique.
Les résurgences issues des circuits courts ont un débit très faible, elles se manifestent près de la limite de partage par des petits marécages de quelques mètres carrés. Ces « marigots » donnent naissance à l’Alzeau, l’Orbiel, alors que Sor, Laudot, l’Argent-Double, Dure, voient le jour à une résurgence franche.