Photo d'un ruisseau proche du lac du Lampy, jonquilles sauvages en fleurs.

L'eau dans la Montagne Noire [2/2]

par Albin Bousquet, le 30 avril 1936
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Identité et parcours des ruisseaux principaux

À l'Ouest du versant méditerranéen, les ruisseaux l'Argentouire, Lobit et quelques autres versent dans le Tenten, ce dernier verse dans le Lampy à Alzonne. Le Lampy naît, à l'Est d'Arfons, dans la forêt de Ramondens, il alimente le réservoir du Lampy Neuf verse dans la rigole de la montagne, au Lampy Vieux. Il se reconstitue avec le Rieutort, reçoit le Vialade grossi du Pesquier, alimente le réservoir de Cennes-Monestiers  passe à Cennes, Raissac s/Lampy, reçoit Tenten à Alzonne et se jette dans le Fresquel à Sainte- Eulalie.
La Bernassonne naît dans la forêt de Ramondens au terrier haut, descend la combe dite « la Peur » reçoit Foncairade  verse dans la rigole de la Montagne. Elle se reconstitue dans la vallée de la Rouge, avec l'Entroque, Montpénéri grossi du Novios  descend à Saissac, contourne le village et le château féodal au Sud, passe à l'Abbaye de Villelongue, La Migance, verse dans le Lampy à Alzonne.
L'Alzeau naît à une centaine de mètres de la limite de partage des versants, à la jonction des Communes de Labruguière et d'Escoussens, à Mille Cinq Cent mètres environ à l'amont du Pas-du-Rieu. Il reçoit le Rietgé, Peyreblanque, Peyrouse, Faisseygne  verse dans le réservoir de la Galaube  peu après, dans la rigole de la Montagne à la [Prise d'Alzeau]. Il se reconstitue, avec Espassières, Izoules  alimente le réservoir de Saint-Denis. Descend aux Tours Nègres puis à Montolieu où il rencontre la Dure. Ensemble ils forment la Roujanne, passent sous la R.N. 113 au Pont d'Alzeau et versent dans le Fresquel.
La Dure naît à Fontchaude, source située au-dessus de Laprade sur la pente Sud de Montaud, à un kilomètre à l'Est de la source de l'Alzeau. Elle alimente le réservoir de Prade-Basse. Elle se reconstitue avec les sources de Montrouch, descend à Codebronde, Cuxac-Cabardès, Bertrande, Brousses, reçoit le Linon qui vient de la forêt de la Loubatière et se joint à l'Alzeau à Montolieu. Après la Dure, le versant méditerranéen étant plus accidenté, le parcours des ruisseaux est plus sinueux tel celui de L'Orbiel qui naît sur la pente Est de Montaud, reçoit le Clause qui vient du bois de Gramentes, le Saignes de Saint-Saraille : passe sous la départementale N°118 au Hameau le Cun-Bas, s'engage dans une profonde gorge où règne le granit  jalonnée de noms de lieu-dit évocateurs : Claous, Roc du Bougre, La Coste, Terre-de-Dieu. Le CD101 qui suit le ruisseau, s'éloigne souvent de la rive tellement est forte la déclivité de la gorge. Le ruisseau passe a Mas-Cabardès reçoit : Douliols, Tourette, Rieutort grossi du Combe-Rousse, du Prat. Il continue sa course vers Les-Ilhes, Lastours, Conques. Reçoit la Clamoux et se jette dans le Fresquel à Trèbes, après avoir parcouru Trente kilomètres. La CLamoux naît à l'Est du pic de Nore dans le Bois Nègre, reçoit Clautels, Mulet, Serre-Mitjou, passe à Cabrespine et se jette dans l'Orbiel. Plus à l'Est l'Argent-Double, naît en contre-bas du Roc de Peyremeau, il reçoit Mourlèvre, Combe-Sombre, Revelle, Saumarel, Cabrarié, Souc, Gravelède, Castelviels. Il passe à Espinassière, Citou, Caunes-Minervois, Rieux-Minervois et se jette dans l'Aude, après La Redorte. L'Ognon naît à Fontanelles, reçoit Balme, passe à Félines Minervois, Pépieux, Olonzac puis sous le Canal du Midi et se jette dans l'Aude. La Cesse naît à Peyrefiche, passe à Ferrals-les-Montagnes, Cantignergues, passe à Minerve, reçoit Rieusec, Cessière, passe à Aigues-Vives,puis sous le Canal près de Mirepeysset et se jette dans l'Aude à Moussoulens. La Cesse termine le versant méditerranéen de la Montagne Noire. l'Orb appartient aux Cévennes par son bassin versant dont une partie se situe dans les monts de l'Espinouse. Au Nord-Est de la Montagne Noire sous la contrainte du relief, les ruisseaux s'écoulent à l'Ouest. L'Arnette naît près du sommet de Nore, descend directement à Pradelles-Cabardès. Après le village, elle contourne le plateau de Pradelles, s'oriente au Nord, pour entrer dans la vallée dite des usines, reçoit : Burthe, Majou, Ruyères, Linoubre. Contourne la colline d'Hautpoul traverse Mazamet, verse dans l'Arn peu avant que ce dernier ne verse dans le Thoré. Ce dernier se forme près du col de la Fenille [N°112], sur la rive gauche il reçoit Candesouvre grossi du Fage, Réalpo, Combe-Sourde, passe à Lacabarède, reçoit Gallinas, Resse, Vergnet, passe à Saint-Amans-Soult, reçoit Esclayracs, passe à Bout-du-Pont-de-L’Arn, contourne Mazamet par le Nord-ouest et continue sa course dans la plaine, vers Labruguière.
En allant toujours vers l'Ouest sur le versant Océanique, Bernazobre naît dans la forêt de Hautaniboul, reçoit Mouscaillou, Prune, passe à Escousens à Viviers-les-Montagnes reçoit le Perche, et se jette dans le Sor à Cambounet. Le Sant naît à Cayrol, reçoit la résurgence de la verrerie de Pradelles, puis le Pradel venant d'Escudiers, verse dans la retenue du Pas-du-Sant, passe à Massaguel, Verdalle et se jette dans le Sor. Ce dernier naît aux Escudiers hameau d'Arfons. Il reçoit Plaisance, Gaillardet, Faury, Cros, Ayguebelle, Saurette, Sénadou, verse dans le réservoir des Cammazes. Il se reconstitue avec Rabasset, Montagnet, passe à Durfort, au Nord de Revel, reçoit le Laudot à Garrevaques, puis Malric, Taurou, Bernazobre, et se jette dans l'Agout à Vielmur. Le Laudot naît à la source d'En-Tesseyre à cinq cent mètres du village des Cammazes. Grossi de l'apport de la Rigole de la Montagne, il verse dans le Réservoir de Saint-Ferréol comme le font le Bascaud, l'Encastres. Il se reconstitue avec Bartherose et Tallaidos ; passe à Vaudreuille, les Thoumasés, et verse dans le Sor à Garrevaques. Avec le Laudot se termine le versant océanique que nous suivons depuis le Nord-Est.

Le relevé des principaux ruisseaux a été réalisé à l'aide des cartes I.G.N. série bleue M.N. [Est] N° 2344 O 2344 M.N. [Est] Mazamet P.N.R. Du Haut Languedoc

L'attirance de l'eau

Avant l'an mille, les premières communautés religieuses se fixèrent sur les rives des ruisseaux et des marécages.
À Soréze, l'Abbaye vit le jour aux abords du marécage, noyé par l'Orival et les sources situées aux pieds de Berniquaut, qui pouvait recouvrir le triangle Soréze, Durfort, Pont-Crouzet.
À Montolieu les Bénédictins posèrent leurs baluchons, au débouché des ruisseaux de l'Alzeau et de la Dure près de la petite plaine dite de Versailles, située entre Montolieu et Moussoulens.
Un troisième groupe se fixa sur le Jaur à Saint-Pons-de-Thomière, un quatrième sur l'Agent-double à Caunes Minervois, un cinquième à Sainte-Marie de Bernassonne au Nord de Saissac.
Un siècle plus tard, sous l'impulsion du Seigneur Jourdain de Saissac, des moines de l'Abbaye de Bellefond [Comminge] s'établirent dans une boucle du Lampy qu'ils appelèrent Compagnes [commune de Saissac]. Là le ruisseau contourne une petite plaine de douze hectares parfaitement plane ; assurément noyée par le ruisseau, et par deux sources pérennes. Quarante ans plus tard ces moines se fixèrent définitivement sur les rives de la Bernassonne [Commune d'Alzonne] et créèrent l'Abbaye de Villelongue. Mais ils gardèrent Compagnes et agrandirent considérablement leur domaine en franchissant le Sor. Ils obtinrent du Seigneur Roquefort, le droit d'eau et de pâturage. Toujours sur le versant Océanique, les moines de la Chartreuse de Saïx située sur la rive de l'Agout devinrent Seigneurs d'Escoussens et occupèrent un territoire immense comprenant la forêt de Cayroulet, le bassin supérieur de l'Alzeau et toute la rive gauche du ruisseau jusqu'à la Galaube.

Au XIIIe siècle les templiers occupèrent le territoire d'Arfons  alors que la forêt de Ramondens appartenait au Monastère de Prouille, et celle de la Loubatière attenante dépendait de l'évêché de Carcassonne. La reconstitution des marécages dans la Montagne Noire à l'époque médiévale est impossible, les documents sur les défrichements font défaut. Mais l'abandon des terres et le retour de la forêt, au vingtième siècle a fait que les marécages se sont reconstitués  nous pouvons mesurer leur étendue.

L'usage de l'eau

Il est vraisemblable qu'au fur et à mesure que les Seigneurs accordèrent le droit d'eau, de pâture, et que des serfs s'affranchirent, des secteurs durent être défrichés et cultivés. Des moulins à eau assurèrent la mouture des grains. Dotés des perfectionnements du mouvement de la roue à aube, bien avant le Moyen Age, ils permirent de battre le fer, fabriquer du papier, écraser des fruits. Plus tardivement des industries se développèrent durablement dans le sciage du bois, de la pierre, dans les secteurs les plus fournis en eau. Au XVe siècle, les Mones-d'Abouixt descendants de familles de Seigneurs avaient développé la fabrication du papier, du carton dans le Mazamétain. Cent ans après, des familles d'industriels, les Polaires, les Gaillardon, les Journet, prirent la relève et s'établirent dans le Cabardés. Plusieurs générations se succédèrent et restèrent unies, par des mariages, des moulins changèrent de propriétaire. Saint-Denis, Brousses, Cuxac. Bénéficièrent de cette avancée industrielle qui fut l'âge d'Or de la Montagne Noire. Un gaillardon alla même fabriquer du papier à Roquerlan près de Hautpoul. Un autre devint propriétaire au hameau de la Galaube. Ce fond appartenait jusqu'en 1790 aux Chartreux de Saïx, il était arrenté à Pierre Cals marchant de Saint Denis qui y exploitait un moulin à grains, moyennant Quatre Setiers payables à la Saint-Julien.
Pierre Cals décéda en 1704, sa veuve épousa en seconde noces, Jean Pierre Gaillardon. Jouissant des biens apportés par sa femme, ce dernier conserva le moulin à grains, et bâtit l'établissement qui devint la fabrique de papier de la Galaube. En 1709, seules ombres au tableau, le manque d'eau à la rivière pendant trois mois dans l'année, et une collecte de chiffons difficile. A Saint-Denis il avait le moulin du « Travex » son originalité était qu'il était placé au bord d'un fossé qui traversait un champ. Ce fossé attesté sur le livre-terrier daté de 1695, de Fonties-Cabardés. avait une Longueur de 7 kilomètres, il dérivait les eaux de l'Alzeau au lieu-dit Prés-du-Roi [couvert par les eaux du barrage actuel] et les portait au Nord de Saint-Denis dans un vallon aboutissant au ruisseau le Linon. Ce fossé aurait été abandonné, peu après le captage de L'Alzeau par Pierre Paul Riquet. Des moulins établis sur le Linon, sur la Dure, souffraient pendant l'étiage. En 1850 Benoît Journet propriétaire d'une usine à Brousses, décida d'augmenter la production de papier. Pour y parvenir, il dota l'usine d'un second moteur hydraulique « ancré à cinq cents mètres environ en aval sur une chute de 20 mètres de hauteur. Le mouvement était produit par une grande roue à augets à laquelle était fixée une couronne à gorge en fonte. Un câble d'acier de 1000 mètres environ de longueur, d'un centimètre de diamètre  jouait en amont sur une autre roue à gorge et transmettait, par le jeu de poulies et de courroies, une force supplémentaire de 40 chevaux environ. Ce procédé inédit à l'époque dans la région, fut imité lorsque c'était possible pour produire davantage de force en utilisant deux fois l'eau d'une même rivière. Après des études faites à l'école des Arts et métiers d'Angers, et des stages de longues durées dans divers établissements Journet revint à Brousses et créa « la fabrique » nom donné à l'usine qui fabriquait du papier « à feuille continue ».

Les moulins étaient nombreux dans le Minervois

Un inventaire réalisé en 1789 mentionne :
- « il existe sur la rivière Clamoux à Cabrespine quatre moulins, deux à bled et deux à foulon »
- « à Pépieux il y a deux forges et deux martinets abandonnés »
- « à Caunes Minervois, Julien Sicard est moulinier marbrier, il a substitué à l'ancien moulin à bled, une scie pour scier le marbre.»
- « Il y a le moulin Bibau qui appartient à la famille Galy. »
- « La minoterie et la scierie de marbre appartiennent à Jean Grimes »
- « Esprit Sicard a établi un moulin sur la rivière Argent Double qui fait mouvoir douze lames qui débitent annuellement 800 mètres carrés de surface  elle fait l'ouvrage de Six hommes  un seul, suffit pour la servir ».

Il y avait une vingtaine de moulins sur l'Orbiel, dont neuf à Myraval-Cabardés : six bladiers et trois autres : Costa, Clary, Bauto, avaient étés emportés par une crue en 1810. Ces trois moulins assuraient une rente annuelle de 10 quintaux de blé, autant de seigle et trois livres de truites.
Au cours de la première moitié du XXe siècle, les énergies nouvelles remplacèrent l'énergie hydraulique de nombreux centres fermèrent. À Mazamet, l’eau continua d'être utilisée pour le lavage de la laine et à produire de l'électricité, grâce au barrage réservoir de Saint-Peyres d'une capacité de 35 millions de m3 construit en 1935 sur un affluent de L'Arn.

Des centres résistèrent, d'autres cessèrent leur activité

Mazamet, Labastide-Rouairoux, Lacabarède, Montolieu, Cennes-Monestiers continuèrent à se développer.
Alors que dans d'autres, l'activité industrielle cessa. À Saint-Denis, les habitants anticipèrent la reconversion, en obtenant le droit de créer un barrage réservoir « Communal » sur l'Alzeau  destiné à l'irrigation des prairies. La majorité des habitants vivaient de l'élevage. Leurs ancêtres avaient été expoliés en 1670 lors du détournement des eaux de l'Alzeau par Pierre Paul Riquet. Ils avaient obtenu un dédommagement de 50 livres par année mais cette rente avait cessé à la Révolution. À Cennes-Monestiers les habitants s'étaient plaints auprès des propriétaires du Canal du détournement des eaux du Lampy. Le sol étant plus favorable à la vigne qu'a la prairie, le dommage semblait oublié. Mais la création du réservoir de Lampy Neuf, cent ans après, eut pour effet de réveiller les rancunes.
Les protestations se multiplièrent pendant deux siècles jusqu'à ce que le Maire M. Soumpayrac, soutenu par des industriels, obtienne le droit de créer un barrage réservoir « communal » sur le Lampy. Il se disait à Cennes-Monnestiers que Riquet s'était engagé à déverser un débit de 11L/s, nuit et jour, pendant l'étiage. M. Soumpayrac avisa M. Gauthier, Sénateur de l'Aude, devenu Ministre des Travaux Publics. Ce dernier rappela les coutumes établies en disant que la Commune avait droit à ces 11L/s mais il ajoutait : « un si petit débit n'arrive pas jusqu'à Cennes ». La Municipalité demanda au Ministre de faire déverser le volume total de la semaine en une seule fois, il fut décidé, que ce serait le samedi. D'après le Maire cette mesure fut des plus heureuses. Le Ministre adressa une lettre au Préfet. Une décision ministérielle du 2 août 1880 confirme cette règle, dans l'enquête du projet de construction d'un réservoir communal sur le Lampy pour l'alimentation de la commune de Cennes-Monestiers. Cette enquête contient la phrase suivante « Les eaux du Lampy sont utilisées déjà pour le remplissage d'un bassin qui sert à l'alimentation du Canal du Midi. Dans les conditions ordinaires, le surplus suffit à la satisfaction des besoins énumérés ci-dessus. » Mais est-il ajouté « dès que la sécheresse arrive, le débit de 11L/s est tout à fait insuffisants  je le fait savoir à M. de Volontat Ingénieur en Chef du Canal »
Le Ministre
Docteur GAUTHIER

Au cours d'une manifestation, M. Pierre Escourou devenu Maire, conclut son exposé ainsi : Cette réserve donnant droit à 11L/s a-t-elle existé réellement ? Nous retiendrons que compte tenu de la distance entre le Lampy et Cennes, un débit de 11L/s pouvait, pendant la période d'étiage, ne pas atteindre Cennes. Le lâchage une fois par semaine le démontra.

L'eau de certaines sources dénonçait les richesses enfouies

L'oxyde de fer responsable de la coloration des matériaux en rouge brun, dans les ruisseaux de fuite de certaines sources, eut pour effet de marquer non seulement la toponymie, exemple : Montrouch, Fontrougès, Fontrouge, mais aussi d'éveiller des pensées chez les investisseurs. Fontrouge source située dans l'ancienne forêt Royale de Sarremetgé, commune d'Arfons fut visitée plusieurs fois. En 1735 le sieur Emmanuel de Montfaucon, Seigneur de Rocles, décida de créer une forge à trois cent mètres de la source. Abandonnée à la Révolution, elle fut reconstruite en pure perte cette fois en 1825 par un deuxième investisseur M. Mérigonde. L'industrie du fer étant devenue concurrentielle, Mérigonde envisagea de détourner l'eau de l'Ayguebelle pour soutenir l'étiage du Sor qui réduisait considérablement l'activité de son établissement. Le projet n'eut pas de suite, la forge fut abandonnée.
À la fin de la décennie 1930, l'eau de Fontrouge plut à M. Piquet [membre du consortium des potasses d'Algérie]. Venant passer ses vacances chez ses amis propriétaires de la ferme le Picou, située à trois kilomètres de Fontrouge, Piquet décida de se lancer dans un projet d'exploitation de mise en bouteille de l'eau de Fontrouge. Analyses [à Toulouse] études des coûts, recherche de clients demandèrent du temps ?… Le projet fut interrompu peu avant 1939 par les bruits de bottes…

En 1968 l'état de la forêt de Sarremetgé était dégradé, le nouveau propriétaire décida de remplacer la vieille forêt de chênes par des résineux. Des travaux importants de dessouchage furent entrepris. Le bruit de cet énorme chantier arriva aux oreilles de M. Roger Jullia, membre actif de la Société Spéléo-Archéologiques du Sorézois et du Revélois. Le dimanche venu, Roger allait prospecter ce chantier bouleversé par des engins énormes, un matin il fut récompensé. À quelques mètres de la source, une anse soudée à un flanc avait été remontée à la surface par un engin. Roger déposa l'anse à la maison du Parc Régional à Soréze. Plusieurs personnes auscultèrent la pièce, tous pensèrent qu'il s'agissait des restes d'une Amphore.
Quelques temps après, un pécheur de Revel qui taquinait la truite dans le ruisseau du Sor, eut la surprise de découvrir une pièce de monnaie en or, portant l'effigie de deux Empereurs Romains. Pensant qu'il pourrait en trouver d'autres il garda secrète sa découverte. Après un certain temps, n'ayant plus rien trouvé, il fit expertiser la pièce à Albi en disant qu'il l'avait trouvée dans un champ près du village des Cammazes. La pièce fut achetée par une famille de Revel, bien connue !

Les derniers limonadiers

Après la guerre, les eaux des sources servirent à fabriquer des rafraîchissants.
À Fontiés-Cabardés, M. Montagné fabriquait de la limonade avec l'eau de la fontaine Samaritaine située dans le village. Quelques années après M. Clébon, cafetier à Saint Denis, acheta ce commerce, il fabriqua un soda appelé OKO qu'il vendit en bouteilles de vingt-cinq centilitres chez les cafetiers de Carcassonne, Castres, Toulouse, Castelnaudary, Revel.
A Sorèze M. Tesseyre fabriquait de la limonade avec l'eau de la source dite de La Mandre qui alimentait le village.
À la fin du 19e siècle, M. Albert Limes de Revel était employé à la brasserie Laut de Castres qui possédait un dépôt à Revel. Albert devint gérant du dépôt de Revel. Après la guerre de Quatorze ses deux fils Louis et Marius achetèrent le dépôt à Laut qui resta fournisseur en bière et limonade. Après la dernière guerre les frères Louis et Marius achetèrent le fond de commerce à M. Tesseyre de Soréze. Un contrat stipula que Tesseyre fournirait la maison Limes. Roger Limes fils de Louis, associé à Albert Diez continuèrent de gérer la maison Limes de Revel qui a duré un siècle.
L'autorisation de fabriquer de la limonade était très encadrée, des enquêtes étaient nécessaires  : les analyses de l'eau devaient être faites par un laboratoire agréé. Le Maire devait donner son avis, enfin un arrêté préfectoral fixait les conditions d'exploitation.

Mesure du débit de quelques sources - été 2003

L'été 2003 fut extrêmement chaud. À 15 heures, le 08 août, le thermomètre affichait 35°C à l'ombre à Revel [250 mètres d'altitude], et fait sûrement exceptionnel, la même chose à 800 mètres, au hameau des Escudier. Cette situation se répétant depuis plusieurs jours, nous incita à aller visiter des sources, et de mesurer leurs débits.

Démarche, inutile certes qui avait comme seul but de rendre agréables les sorties que je fis chaque fois accompagné par un Henry Douce, Jaques Maury, Jean Cordec. Nous avons adopté du matériel léger et facile à transporter : un seau gradué, un tuyau en plastique de dix centimètres de diamètre et un mètre de long, une pelle U.S. pliante, un chronomètre. Le principe de cette mesure s'applique aux très faibles débits, inférieurs à trois litres secondes ce qui est le cas chez le plus grand nombre des sources de la Montagne Noire. Son usage consiste à diviser le volume d'eau recueilli dans le seau, pendant un temps donné. Très rapide, cette opération peut être renouvelée plusieurs fois en quelques minutes, ce qui permet d'obtenir des mesures en L/s précises.

Tableau des mesures effectuées - août 2003 et août 2013

Dates Nom des sources Nom des ruisseaux Débit en l/s
08/07/2003 Source du Sor
Réservoir de Cros
Assechée
2,01L/s
10/08/2013 Sources de Fontrouge 2,04L/s
10/08/2013 Gabaulde 0,07L/s
10/08/2013 Aiguebelle à Phalipou 5,06L/s
10/08/2013 résurgence du Sant 2,05L/s
18/08/2003 Sources du Cayrol-1 0,28L/s
18/08/2003 Sources du Cayrol-2 0,22L/s
L'Alzeau au Pas du Rieu 3,04L/s
Bernassonne au Pont de la Peur 1,03L/s
La Dure au pont des Cabannes 1,07L/s
Lampy à la Pisciculture 1,09L/s

L'identification de la source de l'Alzeau avait nécessité plusieurs visites. Habitant le Pas-du-Rieux depuis une quarantaine d'années, Madame Cabrol nous avait donné les premières informations sur l'emplacement de la source. Peu satisfaits des observations que nous faisions sur le terrain, nous avons pris contact avec M. Sabodelli, agent des Eaux et Forêts, retraité habitant Arfons, ainsi que M. Boyer garde municipal de Labruguière, retraité qui eut la gentillesse de venir nous montrer l'emplacement dans la forêt.
La source se signalait par un ruisselet de quelques mètres de long, qui se perdait dans les ronces. Nous voyant étonnés par la modestie de la source, M. Boyer nous dit : « lors du boisement de ce secteur dans les années 1960 il fut décidé de créer une petite réserve d'eau d'une cinquantaine de mètre cubes, [une digue en terre encore apparente, en témoigne]. À quelques dizaines de mètres de là, quatre ou cinq petits ruisseaux peu profonds, parsemés de petites pierres blanches, et asséchés, sortaient des ronciers. Nous nous sommes souvenus que Madame Cabrol avait cité ces pierres blanches ! qui sont des éclats de quartz remontés au cours des travaux de reboisement. Nous en avons déduit que nous étions bien aux sources de l'Alzeau. Cette découverte en révéla une autre ? Le fond des ruisseaux était envahi par des milliers de mouches de toutes sortes.
Effrayées par des coups de bâtons donnés sur les ronciers, elles virevoltaient et se reposaient aussitôt sur les ronciers, pour atteindre la mousse encore humide, au fond du ruisseau. Plus étonnant était le nombre de cigales qui craquetaient partout dans les forêts de résineux de Montaud et des Escudiers.
Aucun doute sur la cause de ces manifestations : une température anormalement élevée !
Après une journée chargée, nous sommes rentrés en pensant aux déclarations de Joseph Curvales, chroniqueur de Labuguière, qui a écrit dans son petit ouvrage intitulé « de Labruguiéra à Labruguière » : « nombreux sont les ruisseaux qui traversent la forêt de Montaud  les point d'eau : Fontaine d'Or, Fontaine Adine ou « fond de Nadinel » où naît l'Alzeau, est le point le plus élevé où ont été captées les eaux pour alimenter le Canal des Deux-Mers ». Il ajouta « il est d'ailleurs fait état, dans les délibérations consulaires de la vente, le 12 juillet 1766 de cette fontaine »
Le mystère reste entier [?]
Aucune trace de ces révélations n’a été relevée  que ce soit aux archives du Département Tarn, de la commune de Labruguière, du Canal…

Un ingénieux système de distribution

À Cayrol, notre attention fut attirée par l'ancienne distribution de l'eau enfouie sous les feuilles et les ronces, dont jouissait cette ferme, abandonnée en 1920 et probablement créée au XVIe siècle, d'après des documents. Afin de faciliter la compréhension du plan annexé, nous avons attribué le chiffre 1 à la résurgence principale, le 2 à la deuxième  et les trois premières lettres de l'alphabet A, B, C aux mares.
La ferme avait été placée dans la pente, en contre bas, de l'antique chemin, qui allait d'Escoussens à Bram et à une soixantaine de mètres des deux résurgences qui sont toute-deux au même niveau  à quatre mètres en contre-bas du chemin, et à sept mètres plus haut que la plate-forme de la ferme. Cette disposition avait permis de déjouer les contraintes du relief, très fortes dans ce secteur  la pente naturelle du versant est proche de cinquante pour cent.
D’après nos observations, il y eut deux époques différentes, concernant l'usage de l'eau.
Dans un temps ancien, la résurgence 1 alimentait la mare A creusée dans le ruisseau de fuite, elle pouvait assurer les besoins de la ferme et probablement le fonctionnement d'un moulin. Pour une raison inconnue [fuite, éboulement la mare A fut abandonnée. La résurgence 1 fut captée par une petite rigole [0,50 x 0,20] disposée transversalement à la pente, elle prenait en passant l'eau de la résurgence 2 pour la porter à la mare C qui servait à abreuver les animaux de la ferme et ceux de trait qui passaient sur le chemin très fréquenté autrefois.
Ce système ingénieux avait un double avantage, il permettait d'avoir une réserve d'eau près de la ferme, en cas d'incendie et de disposer en permanence d'eau propre pour les besoins domestiques, le lavage du linge par exemple.

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Source

L'eau dans la Montagne Noire
par Albin Bousquet, 30 avril 1936
Société d'Histoire de Revel Saint-Ferréol
Cahier d'Histoire de Revel n°20